Accéder au contenu principal

CESAR 2019 / le meilleur film


Et le césar du meilleur film est attribué à "JUSQU'A LA GARDE" de Xavier LEGRAND. film sorti sur les grands écrans le 08 février 2018, il a tout de suite emporté l'adhésion et l'enthousiasme des critiques et des cinéphiles. Le film a également remporté le lion d'argent à la mostra de Venise ainsi que le prix des auditeurs de France inter (il faut bien dire que les prix du public ne concernent pas uniquement les navets qui ont fait plusieurs millions d'entrées mais j'y reviendrai plus bas).

Synopsis : 

"Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d'un père qu'elle accuse de violences, Miriam la mère demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu'elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire arrive."

Le ton est donné et pour un premier long métrage, Xavier LEGRAND frappe très fort, non seulement sur le sujet abordé qui est la violence conjugale mais également sur la forme et la grande maîtrise dramatique qui amène à une fin glaçante.

Dès l'ouverture du film, le plan-séquence qui dure une quinzaine de minutes nous invite dans le bureau d'une juge qui interroge les deux parties afin de prendre une décision sur la garde de Julien, l'enfant du couple. Miriam, la mère est froide, elle adopte une posture défensive, elle semble réprimer une colère et paradoxalement le spectateur ne parvient pas d'emblée à la cerner; on serait presque amené à trouver plus de sincérité chez Antoine, le père qui débite avec beaucoup d'innocence son drame de père incompris, à qui la mère voudrait faire du mal en l'empêchant de voir son fils. Toute l'ambiguité du scénario est amorcée dans ce long plan-séquence qui désarçonnera le spectateur en le mettant dans une position inconfortable tout au long du film. Quelle est finalement l'intention du réalisateur ? mise à part sa démarche dans un cinéma engagé qui dénonce une abomination et s'inscrit dans une volonté de porter la voix des femmes victime de violences de la part de leur conjoint, la mise sous tension qui va crescendo crée le malaise et nous prend presque en otage dans une sorte de jeu. Un jeu qui passe par la mise en scène, les jeux de caméra, le travail sur le son qui se rapporte au quotidien, etc...tous ces éléments sèment le doute dans l'esprit du spectateur qui ne parvient pas à savoir si le père est réellement un homme violent pouvant maltraiter son fils ou si c'est la mère qui affabule; cette interrogation persiste tout le long du déroulement de l'intrigue créant une sensation d'étouffement et le scénario glissera progressivement d'un drame familial à un thriller avec un suspens insoutenable dans les toutes dernières minutes du film....on attend qu'une seule chose : la délivrance!

Il faut tout d'abord saluer la performance de Denis Ménochet dans le rôle du père, qui nous livre un jeu d'une rare intensité et qui fait monter la tension à nous glacer le sang. Le petit garçon, de son vrai nom Thomas Giolia promet une belle carrière d'acteur tant il impressionne par la justesse de son jeu. Xavier LEGRAND nous assène un uppercut avec un film qui a tout du chef d'oeuvre et qui s'inscrit dans un genre cinématographique (la chronique sociale, la défense d'une cause) qui a fait de 2018 une grande année du cinéma français. X. LEGRAND déploie les moyens du cinéma pour parler de la violence faite aux femmes et rappelle à juste titre que l'ampleur de ce fléau n'a pas été réduite depuis le tournage du film en 2016; en effet, nous avions communément en tête la "statistique" d'une femme tuée tous les trois jours par les coups de son conjoint; aujourd'hui c'est une femme qui meurt tous les deux jours , assassinée par un mari, un ex-conjoint, un compagnon. Il est important de ne pas l'oublier.

On pourrait croire qu'un tel sujet aurait attiré de nombreux spectateurs en salle, le cinéma étant un langage qui peut parfois bousculer, émouvoir, nous saisir et nous faire réfléchir; il n'en est rien, le film a attiré quelque 400 000 spectateurs, et comme il faut aujourd'hui rendre la considération qui est due au cinéma populaire, grand public, l'académie des César a remis le prix du public au film "les Tuche 3", qui a fait près de 5 000 000 d'entrées ! On croirait à une blague sachant que la comédie en France a quand même eu de bons représentants en 2018, récompenser un film pour son nombre d'entrées n'est en rien un gage de qualité mais est simplement révélateur d'un public français qui, dans sa majorité, est friand de ce genre de cinéma bas de gamme (crise d'immaturité? promesse d'un bonheur clés en main?), cherchant avant tout le divertissement (voire la diversion ou la consolation) au cinéma et ne souhaitant pas spécialement nourrir sa réflexion...ce qui est l'inverse de ma propre démarche de cinéphile; cela étant dit, je peux admettre que la libération et la satisfaction ne passent pas pour tout le monde par un éblouissement  (ou une jouissance) intellectuel(le) et esthétique.
Panem et circenses...

"Ne pas railler, ne pas déplorer ni maudire, mais comprendre", dit Spinoza.




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Petit pays, Gaël FAYE..un hymne à l'innocence perdue.

Editions Grasset, rentrée littéraire 2016, 215 pages. Résumé Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloquée en même temps que son "petit pays", le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire. Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de coeur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur...L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.                Gaël Faye nous offre un magnifique roman sur l'enfance. Il montre comment la violence finit par s'insinuer dans les âmes les plus innocentes pour les saccager. Cette violence et cette peur qui prendront place petit à petit et qui dissoudront l'insouciance de l'enfance pour laisser place à l...

Un lieu à soi, Virginia Woolf...un texte lumineux et inspirant

Une chambre à soi, Virginia WOOLF, éditions 10-18.(je vous conseille de privilégier la nouvelle traduction de Marie DARRIEUSSECQ avec le titre "un lieu à soi" aux éditions DENOEL) "Pourquoi un sexe est-il si prospère et l'autre si pauvre? Quel est l'effet de la pauvreté sur le roman?" A travers ces deux questions, Virginia Woolf pose la problématique de cet essai pamphlétaire publié en 1929. Qu'est-ce qui peut permettre à une femme de devenir un grand écrivain? Qu'est-ce qui peut permettre à sa créativité de se déployer? Sa thèse est qu'il faut disposer d'une pièce à soi et de suffisamment d'argent; "de la liberté et de la paix", or à l'époque du début du 20ème siècle, ce n'est pas chose aisée pour les femmes. Née en 1882 à Londres, Virginia Woolf n'est pas allée à l'université et ce sera un des grands regrets de sa vie; en revanche, son père Sir Leslie Stephen mettra à disposition de sa fi...

Ces livres peuvent changer votre vie, Elodie CHAUMETTE...coup de ❤

Ces livres peuvent changer votre vie, Elodie CHAUMETTE, préface de Agnès LEDIG, FIRST éditions, juin 2016, 235 pages.(je remercie FIRST éditions de m'avoir envoyé ce livre) Résumé de l'éditeur :   Les échecs scolaires de votre enfant vous plongent dans un abîme de désespoir? Votre famille vous fait tourner en bourrique? Besoin d'un verre de potion magique? A chaque problème, Elodie Chaumette, psychologue et lectrice, vous propose une lecture comme solution. De Gaston Lagaffe à Anaïs Nin et Henry Miller, d'Anna Gavalda à Virginie Despentes, tous les auteurs de fiction ont quelque chose à vous dire pour changer votre vie. "Ce livre est susceptible de provoquer une prise de conscience, d'élargir l'étendue de votre vision, de susciter un nouveau désir, de faire éclore une émotion inattendue; C'est dans ce sens large que j'ai considéré l'idée de "changer votre vie"".            Voici 100 prescriptions de bibliothérapie o...