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La figure de l'enfant en littérature - 1


 Qui lit petit, lit toute sa vie
Un enfant qui lit sera un adulte qui pense
Lire  n'est pas un jeu d'enfant. Quand on est passionné de littérature et que notre logis ressemble à s'y méprendre à une bibliothèque, on pense (à tort) que nos enfants  viendront à s'y intéresser et que la transmission de notre passion se fera naturellement et sans embûches...il n'en est rien!!

Alors il faut "ruser" et trouver un moyen de les faire entrer en littérature par une autre porte. L'approche par le 7ème art qui regorge de chefs-d'oeuvre adaptés de romans semble être une bonne idée. Ainsi, la très belle adaptation au cinéma par Christophe Barratier du roman de la Comtesse de Ségur a conquis mes lutins.

Dans ce premier volet d'une série de billets consacrés à la figure de l'enfant en littérature, j'ai choisi deux personnages assez opposé mais débordants de vie, d'imagination et ayant vécu des expériences difficiles. Vivre des aventures à travers des personnages auxquels on souhaite ou pas s'identifier peut permettre à l'enfant de se construire et de trouver une sorte d'exutoire. Dans ce cas et cela peut aussi s'appliquer à notre rapport à la lecture en tant qu'adultes, la littérature joue le rôle de viatique. Les livres et leurs personnages nous permettent de tenir nos peurs à distance, de ne plus éprouver le monde dans sa terrifiante violence.

Les figures d'enfants dont il sera question possèdent des qualités et des défauts, ils vivent leur rapport au monde des adultes comme un défi, parfois avec de l'incompréhension mais dénué du désir de faire du mal intentionnellement...le monde des adultes leur semble indéchiffrable! Ainsi, Sophie de Réan au fond n'est pas méchante, elle a même tout l'air d'une petite fille débordante d'imagination mais ne sachant pas la contenir et la limiter à ce qui est encore une fois acceptable par les adultes. Elle manifeste une certaine naïveté, de la maladresse et n'aime pas obéir.
Sophie semble être l'exemple à ne pas suivre et pourrait servir de traité d'éducation à l'usage des parents qui veulent faire de leurs chérubins des "enfants modèles". Les agissements de Sophie et le caractère très lisse de ses compagnons de jeu permettent d'ouvrir le débat, d'installer une discussion avec les enfants, d'argumenter, de formuler son opinion, etc.
Certaines des bêtises de Sophie peuvent être particulièrement jubilatoires pour tous ceux qui n'ont pas pu les faire!

Quant à Matilda, c'est une enfant précoce qui a dévoré tous les classiques de la littérature mais  qui est affublée de parents ignares et totalement en décalage avec leur rôle "d'éducateurs"; une famille dysfonctionnelle dans laquelle les rôles s'inversent en dotant l'enfant de plus de maturité que ses parents qui passent leur temps à s'abrutir devant la télévision et à magouiller. Roald Dahl dénonce ici le caractère de "toute-puissance" que l'on confère aux parents dans l'éducation des enfants et questionne la notion d'autorité. Matilda vit une situation tragique, elle est surdouée mais ses parents n'ont que faire de cette particularité chez une enfant de 5 ans. Elle trouvera néanmoins un substitut affectif en la personne d'une douce institutrice; elle trouvera auprès d'elle l'affection et la sécurité nécessaire à son bien-être et au développement de sa confiance en elle-même. L'adage dit que l'on ne choisit pas sa famille, Roald Dahl sous sa plume acerbe nous prouve le contraire.




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